Après avoir dénoncé l’affaire Clearstream, le journaliste Denis Robert été impliqué dans une cinquantaine de procédures l’accusant de diffamation en France, en Belgique, au Luxembourg et en Suisse coutant près de 120 000 euros au Comité de Soutien à Denis Robert. Ce fait est représentatif de la nouvelle arme des lobbyistes des entreprises ou des institutions : la poursuite-bâillon.
Cette pratique est née dans un contexte de mondialisation où les Etats démocratiques tels que la France, les Etats-Unis ou le Canada se désengagent peu à peu de nombreux secteurs d’activité. Ils ont laissé aux entreprises privées le soin de rendre leurs économies concurrentielles, les grands groupes ont alors gagné en pouvoir et en influence. Ces états ont contraint la société civile d’endosser le rôle de régulateur et de pourfendeur des abus commis par ces grands groupes. Or le contexte de mondialisation s’est également accompagné d’une intensification des échanges d’informations par les médias et internet ; ainsi le relai des accusations ou des mobilisations de la société civile (ONG, journalistes ou bloggeurs) peut écorcher de manière significative l’image de telles entreprises : principe d’e-réputation. Face à la montée de ces quatrième (médias) et cinquième pouvoirs (opinion publique), les entreprises ont rapidement trouvé un moyen de paralyser ses détracteurs dans des Etats où le système judiciaire est renforcé via la poursuite-bâillon.
Les Etats-Unis ont été les premiers à qualifier ce type d’action en justice via l’acronyme SLAPP (Strategic Lawsuite Against Public Participation). Les québécois ont trouvé un équivalent qui résume le concept qui se cache derrière : BIPP (Bâillon Imposé à la Parole Publique), référence au « bip » qui symbolise la censure dans les médias. En effet, les poursuites-bâillon sont définies par le comité québécois sur les SLAPP comme « des pratiques judiciaires d’une entreprise ou d’une institution recourant aux tribunaux en vue de neutraliser ou de censurer des individus, des groupes sociaux ou des collectifs engagés dans la dénonciation publique de leur activité publique ou à (…) censurer leurs déclarations en les impliquant dans des procédures juridiques coûteuses dont ils ne peuvent généralement pas assumer les frais ».
La poursuite-bâillon se décline en 3 étapes :
A chaque étape, l’entreprise qui attaque est prête à abandonner les poursuites. Le seul but recherché est la mise sous silence de ses détracteurs.
Alors que l’Australie, les Etats-Unis et le Canada commencent à légiférer sur ces pratiques, la France, au même titre que pour le lobbying, ne souhaite pas officiellement avancer sur ce point : cela fait sans doute partie de l’exception française.


Bonjour,
Il n’y a pas que des représentants d’intérêts qui utilisent cette méthode, il y a aussi… des agences de communication. (Si, si !!)
Parmi elles, notamment les sociétés XXX (ndlr: retrait du nom de la société) et YYY (ndlr: retrait du nom de la société) dans le nord de la France. Elles sont en procès avec un blogger (Matthias) car il a le malheur de parler de leurs méthodes commerciales (exemple sur XXX).
Pour ce que je connais des webmaster et autres créateurs de sites internet, ces méthodes ne sont pas normales. Mais ces sociétés ne se donneront pas meillieure réputation en envoyant ce type de message (une assignation en référé) à des blogueurs. (Ou tout autre forme de procédure judiciaire.) Le but est évidemment non de condamner, mais « juste » de faire taire. Mais c’est tout de même très grave, a fortiori quand on se prétend « agence de conseils en communication, spécialisée dans la création de sites internet » voire centre de formation agréé (par qui ?) en webmarketing.
YYY (basée sur Lille) a ainsi demandé une sorte de censure totale à mattias + 10.000 euros à titre de « préjudice commercial ». Les slogans de YYY sont à mourrir de rire: « la communication naturelle » (anciennement) et « communication et éthique » (actuellement).
Aux dernières nouvelles, la société YYY n’aurait pas pris l’initiative de dédommager Matthias de son assignation qui a fait « plouf » : non lieu. (Mais qui lui coûte plus de 4000 euros selon lui.)
Son blog : http://affaireeo.wordpress.com/?page_id=4 .
Ping : 5 étapes pour se refaire une e-réputation (ou « identité numérique ») - I like PM
Eh oui, comme disait le président Laurent Désiré Kabila dans un grand éclat de rire : c’est le voleur qui crie « au voleur ».
Là il parlait de la France, et pas des « web agencies ».