Wikileaks dévoile l’utilisation du Perception Management par les diplomates



Les révélations de Wikileaks

Wikileaks fait du PM

Le Perception Management (PM) c’est :

1° Analyser l’individu
2° Comprendre son environnement extérieur
3° Voir comment on peut faire bouger l’individu en jouant sur ces facteurs
4°…et le faire bouger.
Voilà pour ce qui est du rappel de la théorie. Pour ce qui est de la mise en application, Wikileaks avec la divulgation de 250 000 télégrammes relatifs à la diplomatie américaine nous donne une série d’exemples concrets de ce qu’est la mise en application du Perception Management…

L’illustration de ces quatre étapes majeures grâce à Wikileaks dans la suite…

1° Analyser l’individu

Les diplomates américains s’échangent très régulièrement des notes concernant les acteurs influents des pays dans lesquels ils sont nommés. In fine, il leur est possible de dresser un profil de ces chefs d’Etat, capitaines d’industries et autres politiques en compilant les informations recueillies.

Prenons l’exemple des notes échangées à propos du Président Français. Les diplomates ont pu, très tôt, noter :

« Il a raconté que, lorsqu’il était enfant, il a dit à son père qu’il souhaitait devenir président. Son père d’origine hongroise a rétorqué ‘dans ce cas, va en Amérique, parce qu’avec un nom comme Sarkozy, tu n’y parviendras jamais ici’. »

« Son sobriquet est ‘Sarkozy l’Américain’ »

« Sarkozy a exprimé son admiration pour le président Bush ».

Ces notes ont, très vite, permis de dresser le profil d’un président « pro-américain », du « politique français qui soutient le plus le rôle des Etats-Unis dans le monde ».

2° Comprendre son environnement extérieur

Qu’est-ce que l’environnement extérieur d’un président ? On peut aisément appréhender, que pour un chef d’Etat, le pays qu’il dirige ainsi que la culture de ce pays constituent l’environnement qui conditionne sa façon de penser ou sa façon d’agir. Les diplomates détectent une « France [aux] réflexes anti-américains« .

Pour les diplomates américains, alors que le profil du président va dans le sens de leurs desseins, son environnement est limitant, notamment en ce qui concerne la politique à l’international.

3° Voir comment on peut faire bouger l’individu en jouant sur ces facteurs

Ainsi, de l’analyse de l’individu et de son environnement, les diplomates retiendront les objectifs suivants :

« Il faut prendre Sarkozy au mot lorsqu’il dit ‘souhaiter aider les Etats-Unis à sortir d’Irak’ »

Il faut en faire un allier mais « sans nourrir l’accusation d’être ‘un caniche du président Bush’, qui pourrait inciter le gouvernement français à ne pas changer de politique ».

Ce déroulement des étapes montre à quel point le PM peut être mis en oeuvre d’autant que ces derniers objectifs ont été mis sur papier dans le premier télégramme émanant de l’ambassade américaine de Paris à Washington aux lendemains mêmes de l’élection de Nicolas Sarkozy ! Il ne restait plus qu’à mettre cela en application.

4°…et le faire bouger

Etant donné le profil du Président Sarkozy, une technique de manipulation était particulièrement adéquate : « MICE » (Money, Ideology, Compromise et Ego).

Cette technique recense les leviers psychologiques que les services secrets utilisent pour obtenir des informations ou la collaboration d’agents ennemis :

  • « Acheter » ses services (Money)
  • « Convaincre » (Ideology)
  • « Compromettre » (Compromise)
  • « Flatter » (Ego).

Nicolas Sarkozy étant déjà convaincu de l’intérêt d’une guerre en Irak et en Afghanistan, il ne restait qu’à l’encourage dans sa démarche :

« Le président Obama doit faire la demande maintenant (…).

Il doit parler au président Sarkozy et, dans ce cas, la flatterie mènera très loin. »

C’est donc la flatterie qui a été utilisée pour obtenir l’implication de Nicolas Sarkozy en Afghanistan. Pour ce qui est de l’Irak, en 2006 :

« Sarkozy a déclaré que la France et la communauté internationale allaient devoir aider les Etats-Unis à résoudre la situation en Irak. Peut-être en remplaçant l’armée américaine par une force internationale. »

Finalement, l’environnement du président a été sous-estimé : deux guerres auraient fortement mis à mal la popularité du président.

A l’étranger

D’autres techniques de Perception Management sont mises en exergue par Wikileaks :

Mouammar Kadhafi

Mouammar Kadhafi

Sur Mouammar Kadhafi :

De l’analyse du personnage, les diplomates américains ont identifié « sa détestation des long-courriers, et son apparente crainte de survoler l’eau » et qu’il est « presque obsessive ment dépendant d’un petit noyau de personnes de confiance ».
Méthode applicable : mettre la cible dans un état de stress en le faisant monter dans un ascenseur ou en le privant de son entourage. Dans ses conditions, la cible est sous le coup et l’émotion et perd ses facultés rationnelles.

Sur Ahmadinejad pour la libération de Clotide Reiss :

Mahmoud Ahmadinejad

Mahmoud Ahmadinejad

La France aurait fait pression sur les Etats-Unis, en leur demandant de «faire du bruit» : «martelez sans cesse dans les médias les mots «droits de l’homme fondamentaux», «innocence», «libération immédiate» »
Méthode appliquée : manipulation des journalistes et des services occidentaux pour faire pression sur une cible dont la réputation internationale est défaillante :  »Avant même la libération de Reiss, les médias français étaient tous tombés dans le piège en assurant du rôle de la Syrie dans la probable libération de Clotilde. »

Alors qu’est-ce que cela apporte au Perception Management ?

Alors que de grands médias et certains sites font le « buzz » sans pour autant creuser le fond et les méthodes des documents publiés par Wikileaks, nous pensons sincèrement que ces publications illustrent parfaitement à quel point le Perception Management est d’actualité.

Le Perception Management est de plus en plus utilisé dans les entreprises (principalement pour faire du lobbying très ciblé) mais également en politique. Nous finirons donc cet article par ces quelques mots d’actualité : we like PM!



Pour aller plus loin

  1. Qu’est-ce que le Perception Management ?
  2. Inception : programmation neuronale ou perception management ?
  3. "Perception management" ou manipulation ?

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